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Aurais-je trop abusé de la boisson hier soir ? A peine suis-je sorti de mon cher et tendre Disneyland californien que j'aperçois juste en face... Disneyland ?! On dirait Main Street pourtant : ses façades manucurées d'une autre époque, trop parfaites et colorées pour être honnêtes. Non, attendez, c'est quoi cette gigantesque baballe dorée en arrière plan ? Et puis ces pyramides là à droite !?

Où suis-je donc tombé ? En Californie, ou à Las Vegas ??

à croire que je suis plutôt tombé sur l'un des plus éblouissants projets jamais conçu par Walt Disney Imagineering... ça ressemble de loin, dans le noir et de dos, à Disney's California Adventure. Bref, oubliez cette introduction en mal d'à-propos, et allons un peu rêver en attendant la fin du monde.

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Prélude

Avant d'aborder de plein pied notre périlleuse épopée, il faudrait ressusciter un "détail" qui hanta Disney pendant près de 30 ans, une petite broutille qui remonte aux premiers jours de Disneyland, au moment précis où Monsieur Walt demanda à un de ses amis de l'industrie du cinéma, Jack Wrather, de lui prêter quelques dollars pour financer un hôtel sur le site. Jack refusa, mais Walt implora et finalement les deux compères se mirent d'accord sur un projet commun, ce grâce aux bonnes largesses de Disney qui céda pas mal d'avantages à Wrather : non seulement il possédait un hôtel flambant neuf de l'autre côté de West Street (Disneyland Drive aujourd'hui), mais aussi le droit exclusif à tout usage de la marque Disney pour quelconque hôtel dans toute la Californie du Sud, et ce pour une durée de... 99 ans ! En clair ? Jack Wrather avait lui seul le droit de construire des hôtels estampillés Disney en Californie. Ainsi, pendant des décennies Disney tenta à mainte reprises de remodeler les termes du contrat, sans succès d'ailleurs, enfin jusqu'à ce que Michael Eisner obtienne le poste de Président Directeur Général de la compagnie, en 1984 (j'avais 2 ans ! sic). Un poste qui l'obligea d'ailleurs vite fait à améliorer les revenus de la firme, chose qu'il fit en se penchant sur les parcs à thèmes ; à Disney World, il ordonna la construction de nouveaux hôtels, tandis qu'à Disneyland... Quand il aperçut l'ampleur de la situation, l'impossibilité pour Mickey de construire des hôtels, il fut tout simplement abasourdi par l'énormissime faveur accordée par Walt 30 ans plus tôt.

Dès lors, le mot d'ordre fut clair pour Gary Wilson, le responsable des finances ; il devait tout faire pour annuler ce deal, quoi qu'il en coûte. Par chance, si on peut dire, tout ceci se passa alors que Wrather était au crépuscule de son existence, une fin imminente qui arrondit les angles de sa détermination... Seul hic dans l'histoire, il mourut avant que les deux parties ne puissent aborder les négociations. Peu de temps après, une autre firme néo-zélandaise, Industrial Equity, mit son grappin sur la Wrather Corporation (qui, soit dit en passant, était dans une situation financière désastreuse après la mort de son fondateur) si bien que, même si Disney ne pouvait rien faire légalement pour empêcher cette OPA, il y avait toujours la possibilité d'être un peu plus malin (et pingre). Comment ? En pensant au monorail. Vous ne voyez pas le rapport, me direz-vous, pourtant c'est le petit détail qui ferait peut-être toute la différence : dans le contrat qui liait Disney à Wrather, la maintenance de la station de monorail du Disneyland Hotel devait être assurée par la Wrather Corporation, et ce pour quelques deniers... Toutefois, le contrat de maintenance du monorail arrivait à terme en 1984, ce qui ouvrit logiquement la voie à la renégociations dudit contrat ! Dès lors, pourquoi ne pas faire grimpette avec les frais de maintenance ? Pourquoi ne pas demander à la holding néo-zélandaise, disons, 10 000 dollars par jour ? Une telle manoeuvre rendait l'acquisition du Disneyland Hotel tout sauf profitable pour son nouveau propriétaire.

Malheureusement, même avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête, les négociations s'embourbèrent encore pendant de nombreux mois, les uns (Disney) trouvant l'offre des autres (Wrather) trop élevée, et vice versa. Désespéré, Eisner opta pour la solution de la dernière chance en rachetant pour 109 millions de dollars la Wrather Corporation, conjointement avec Industrial Equity, moitié-moitié. Un contrat qui stipulait cette fois-ci que Disney serait le seul opérateur du Disneyland Hotel. Pour finir, vu qu'Eisner n'est pas homme à partager les choses, la Walt Disney Company racheta 6 mois plus tard les 50% des parts d'Industrial Equity, pour 85 millions. Nous sommes en janvier 89.

il aura quand même fallu 34 ans et 161 millions de dollars pour venir à bout du désespoir de Walt Disney...

BREF

La voie devint donc libre pour Michael Eisner qui pu, enfin, laisser le champ libre à ses lubies architecturales pour Disneyland, cette petite destination journalière qui allait bientôt devenir une sorte de Mini Disney World, avec de nouveaux hôtels destinés à retenir les visiteurs plus longtemps sur le site et, un nouveau parc pour leur donner une bonne raison. "Étonnez-moi", demanda l'ex-pdg aux cheveux raz à ses imagineers... ce qu'ils firent. Ils s'en donnèrent même à coeur joie, en proposant tout un tas d'idées destinées à satisfaire l'appétit enorgueillis de l'oncle Mike. Parmi elles on retrouve Discovery Bay, non pas l'extension destinée à voir le jour au nord de Frontierland mais bel et bien sa version parc à thèmes à part entière, et puis il y a une autre idée concoctée par une petite équipe d'imagineers, un projet encore plus ambitieux : Westcot et Port Disney.

Nous oublierons pour l'heure Port Disney, second parc prévu pour voir le jour sur les rives de Long Beach.

Nous passerons aussi sur les tractations et le lobbying que Disney prit soin de mettre en place, l'air de rien, entre les municipalités d'Anaheim et Long Beach afin d'obtenir de chacune d'elles le plus de faveurs possibles (Souvenez-vous comment Disney a brandit la carotte avec l'Espagne et la France pour Euro Disney, faisant jouer la concurrence à outrance et obtenant de fait toujours plus de privilèges de la part des deux compétiteurs - méthode ô combien douteuse et peu avouable quand on sait que depuis le début Disney avait choisit la France).Le plan du Disneyland Center

Nous passerons enfin sur tous les projets immobiliers connexes prévus eux aussi: le Disneyland Center agglutiné autour d'un petit lac de 3 hectares, un amphithéâtre de 5000 places (la Disneyland Arena), 3 hôtels somptueux, conçus d'après quelques uns des édifices les plus célèbres de la Californie comme le Catalina's Avalon Ballroom, le Venice Beach's Boardwalk voire encore le fameux San Diego's Coronado Hotel (l'une des principales inspirations de la Tour de la Terreur de Floride).

Certes ça fait pas mal de choses sur lesquelles nous passons mais, rassurez-vous, ce n'est pas lecture qui va manquer pour autant...

Westcot : Un nom qui, décidément, fait promptement réagir les neurones du premier amateur Disney venu, tant la redondance sonore avec Epcot est tout sauf discrète. Un hasard ? Évidemment que non ! Le projet serait, en fait, une sorte de réinterprétation d'Epcot. Les quinze années de leçons apprises par Imagineering permettraient de faire prendre à ce concept un nouveau départ, reprenant tout ce qui faisait le succès du parc originel, tout en s'assurant d'éradiquer les idées les plus maladroits ou obsolètes. Les deux parcs se ressembleraient et ne se ressembleraient pas mais partageraient en tout cas la même essence, cet esprit de découverte, cet hommage à l'humanité. Vous allez vite le constater, Disney comptait bien ouvrir un lieu à la hauteur du premier Disneyland de l'histoire, un endroit suffisamment unique et grandiose capable, avec l'ajout d'hôtels et d'un centre de divertissement, de transformer la petite propriété californienne en un véritable resort, sorte de Disney World condensé, qui n'aurait aucun mal à monopoliser ses visiteurs pendant deux voire trois jours.

A quoi eut donc ressemblé ce parc ? Voici un bref tour du propriétaire, mitonné grâce à quelques documents et témoignages d'imagineers.

Wow...

Back To The Future

Montana Future ?

On ne peut s'empêcher ici de se remémorer un autre projet des années 90 : Montana Future, une philosophie qui devait être à la base de Tomorrowland 2055, pour un futur où la technique serait au service de l'environnement, et non le contraire. Une refonte qui ne vit jamais le jour à cause du désastre d'Euro Disney...

 Oubliez Future World et ses austères contours blanc et beige et zappez son architecture trop aseptisée pour être honnête, javellisée au possible. Le futur californien s'allierait plutôt quant à lui avec Mère Nature dans un futur qui planterait ses fondations dans un fouillis végétal luxuriant, l'avenir tel qu'on aime le concevoir aujourd'hui, soucieux de l'environnement (les lendemains d'une Amérique qui aurait signé le protocole de Kyoto, sic). Imaginez donc cet éden futuriste ; la gigantesque boule dorée de Spacestation Earth nichée au coeur d'un petit paradis tropical, coupé du reste de Westcot. Pas d'autre pavillons, à l'instar de l'homologue floridien, mais simplement ce contraste frappant entre nature et culture ; de loin, la géosphère de 90 mètres de haut fait penser à un vaisseau spatial délicatement posé sur la canopée de l'île... Au milieu du panaché d'architectures et de formes de World Showcase, le contraste est saisissant !

D'après les informations recueillies ici et là, les différentes attractions de Future World seraient en partie enfouies sous terre dans d'immenses hangars (Solution coûteuse mais sans doute justifiée, une fois encore, par le manque d'espace), avec des étages supérieurs masqués par la végétation de l'île. Souvenez-vous Mermaid Lagoon à Tokyo Disney Seas, cet espace couvert abritant les différentes attractions... Vous prenez la même idée et vous l'imaginez plus vaste, une sorte de centre commercial (Appelé ici non pas Wal-Mart mais VenturePort) accessible depuis les escalators, le tout criblé de verdure, de cascades, etc. Les visiteurs auraient par la suite eu le plaisir de retrouver toutes les attractions à succès de Disney World telles que Body Wars, Horizons,  voire encore Journey into Imagination with Figment. Le pavillon dédié à la Nature aurait par exemple pris place dans un bâtiment de deux étages d'une superficie à peu près égale à celle de Living Seas à Epcot ; un pavillon qui eut recréé les différents écosystèmes de la planète, depuis les zones arides et désertiques jusqu'aux glace des pôles sans oublier une petite escapade sous la surface de l'eau, dans la même veine du pavillon aquatique de Floride.

Détail de Future World

Ce Future World - "Mission 2" serait une sorte de synthèse où les différents pavillons se rassembleraient sous la houlette des trois "merveilles", les trois thèmes généraux : le corps humain, la nature et les horizons infinis. Trois merveilles qui, additionnées aux Quatre Coins du Monde, donneraient les Sept Merveilles de Westcot, la phrase choc du parc.

Et puisqu'on en parle de ces Quatre Coins du Monde, pourquoi ne pas lever un peu le voile sur le reste du parc ? Vous pensiez retrouver là une copie du World Showcase originel ? Eh bien vous pensiez mal.

 

Soarin' Over the World

Étant donné l'espace disponible de Disneyand Resort, immensément plus restreint que sur la Côte Est, il n'était pas question de redonner dans la grandeur proprement dite d'Epcot, le défi fut plutôt de conférer à l'ensemble une essence toute aussi riche et diversifiée dans un lieu où tout serait recroquevillé et où les innombrables pavillons internationaux du parc originel d'Orlando se fondraient désormais dans un amalgame architectural continu, comme vous pourrez très bien le constater dans le dessin ci-dessous : la Tour Eiffel et ses immeubles haussmanniens côtoient à quelques mètres à peine une réplique de l'église Basile-le-Bienheureux de Moscou. En fait, le visiteur ne se promènerait plus de nation en nation mais de continent en continent, une "astuce" permettant d'aborder de nombreuses cultures et influences dans un espace plus restreint (Inutile par exemple de prétexter un pavillon tout entier quand on a simplement envie d'effleurer architecturalement quelques façades...). Westcot jouerait ainsi en première division des parcs à thèmes en allant droit au but, et en regroupant les quatre coins du monde ; les Amériques, l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Quatre régions thématiques, additionnées aux trois thèmes principaux de Future World, et hop, voilà les Sept Merveilles du monde Disney, tel que semble suggérer le slogan du parc.

Mais commençons par le commencement, l'entrée du parc, qui fait donc face à celle de Disneyland (de la même manière que Disney's California Adventure aujourd'hui), ressemble un peu à celle de Tokyo Disneyland : un bâtiment immense aux façades qui rappellent le New York du début du siècle, surplombé d'une verrière abritant la promenade, un choix qui d'ailleurs résulte de la volonté des imagineers de créer une ingénieuse continuité thématique entre les entrées des deux parcs. Une fois à l'intérieur, l'atmosphère effervescente évoque l'Amérique d'antan, celle qui accueillit en masse des milliers d'immigrés dans un immense melting pot. Avancez donc un peu plus loin, la sortie promet d'être éblouissante... Devant vous se dresse la gargantuesque Spacestation Earth, dont nous avons déjà parlé, et sur votre gauche, les Amériques qui ouvrent notre marche autour du monde. Tout y est, avec des constructions évoquant le Canada, le Mexique, l'Amérique du Sud sans oublier les civilisations précolombiennes : les Indiens, les Mayas, les Azteques... Malheureusement, cette partie du parc est littéralement "hors champ" sur le concept général, toutefois Tony Baxter nous en parle un peu mieux en ces mots :

"D'un côté nous avons le Canada, où nous allons créer un spectacle consacré aux Indiens, sans doute dans la veine du show "Spirit Lodge" de Vancouver, réalisé par Bob Rogers Productions, avec qui nous avons déjà collaboré sur de nombreux projets. Puis de l'autre côté nous voilà au Mexique, nous allons ici construire un bâtiment similaire au Blue Bayou de Disneyland (NDLR : Le Blue Lagoon local), dans lequel une fiesta permanente se déroulera. Il y aura plusieurs manèges pour les enfants, un dark ride ainsi que des attractions à sensations, toujours couvertes, afin de préserver l'illusion et l'ambiance des lieux. Il y aura des restaurants et le soir tout s'animera sur un ton de fête. L'homologue de Floride n'est qu'un restaurant avec un petit lac placide, c'est pourquoi nous avons décidé de rehausser grandement le niveau ici en Californie. Enfin, il y aura une zone dédiée aux cultures Aztèque et Inca où nous élaborerons un spectacle très mystique sur les légendes et les esprits locaux. Il y aura par ailleurs une scène avec des danseurs."

Back in Time ?

Cette architecture condensée et polymorphe rappelle un autre projet, beaucoup plus ancien celui-là car censé voir le jour dans les années 60: International Street. Ce nouveau pâté de maison blôti entre Main Street et Tomorrowland se devait d'évoquer dans un espace contigu les influences architecturales de plusieurs pays, une inspiration chère à Walt Disney qui souhaitait que Main Street ne soit pas simplement ce souvenir idéalisé de sa petite ville de Marceline. D'autres tentatives furent d'ailleurs à l'étude comme le plus connu Edison Square, qui lui eut évoqué les villes des USA au travers de leurs influences urbaines caractéristiques. Pourquoi utiliser le patronyme de l'un des inventeurs les plus prolifiques de l'Histoire ? Tout simplement parce qu'Edison Square expliquait, grâce à des shows et des expositions, comment l'électricité avait pu changer les villes et la vie des américains de l'époque.

Voilà pour le nouveau Monde, vous vous remettez à peine de votre expérience que déjà vos yeux sont sollicités par le chaos visuel juste devant vous...

Bienvenue dans ce petit coin d'Europe typique, fourmillant de cultures et d'influences, un petit creuset de nations encastré sur une parcelle de terrain des plus modestes. On distingue sur l'image ci-contre des monuments rappelant l'Italie, la France, les Pays Bas, l'Allemagne, le Royaume Uni... L'Europe illustrerait à la perfection tout le défi de WestCOT, à savoir une création internationale authentique et relativement plausible dans un espace confiné, où l'artifice serait constamment de mise afin de soutenir l'expérience. Si l'on en croit Tony Baxter (Vous trouverez le lien vers la fameuse conférence à la fin de l'article), une Acropole miniature devait aussi voir le jour, un espace dédié en quelque sorte aux prémices de l'Europe, à la Renaissance, etc. Visiblement absente sur le concept art général, cette acropole rappelle combien les plans du parc ont changé d'innombrables fois lors de sa conception, ce qui peut expliquer quelques petites incohérences entre les descriptions orales et les dessins préparatoires (A moins que je ne sois un très mauvais traducteur, ce qui n'est pas non plus compétemment improbable, sic).

L'attraction vedette des lieux se serait basée sur... James Bond, elle s'en serait en tout cas fortement inspiré puisqu'il était question d'une course poursuite à bord d'un train, le Trans-European Express, parmi des tableaux urbains d'Allemagne, de France et d'Angleterre. Au programme toujours, les fans redécouvriraient avec plaisir le somptueux film en 360°, "From Time to Time" ("De Temps en Temps"), conçu pour Euro Disneyland et d'autant plus légitime ici, dans cette Europe de poche. Un show dédié à la Russie devait mêmLe Trans-European Expresse voir le jour (Show qui, dit-on, était déjà prévu pour la pavillon Soviétique d'Epcot, quelques années auparavant) tandis qu'un peu plus loin, les jardins que l'on peut distinguer près des berges du lac devaient abriter Tivoli Gardens, une aire de jeux pour les plus jeunes équipée de quelques shows, ainsi nommée en l'honneur du petit parc d'attraction danois manucuré qui servit d'inspiration à Walt Disney pour son Royaume Magique. Quelle pluralité, quel éclectisme, quelle ambiance ! Imaginez-vous au milieu d'un enchevêtrement de petites ruelles dépaysantes, alors qu'à Epcot le visiteur garde toujours à portée de regard les berges du World Showcase Lagoon, ici, l'opportunité réelle de se sentir transporté dans tel ou tel pays éloigné se présenterait, et, cerise sur le gâteau, les bâtiments de cinq à six étages annihileraient définitivement les intrusions urbaines de l'extérieur. L'illusion devenait totale.

Mieux, lorsque vous levez les yeux, vous n'apercevez pas des rideaux désespérément tirés comme sur Main Street mais bel et bien du monde... Des employés ? non. Des AudioAnimatronics ? non plus.

Des clients.

Parce que voyez-vous, une des innovations majeures de Westcot Center était d'offrir l'occasion unique pour tout un chacun de résider dans un hôtel situé dans le parc. Pensez au Disneyland Hotel de Paris, ou mieux encore à l'Hotel MiraCosta de DisneySeas et ses façades qui font partie intégrante de Mediterranenan Harbor... Le principe reste le même, sauf qu'en Californie, Disney ne voulait pas construire son hôtel à l'entrée du parc mais bel et bien en plein milieu, ou plutôt, tout autour, avec des étages inférieurs consacrés aux attractions, boutiques et restaurants puis, au dessus, les chambres. Mais alors, dans quelle région du monde se serait trouvé cet hôtel ? Et bien, dans toutes à la fois ! Une solution qui donnerait la dépaysante opportunité de passer une nuit (voire plusieurs, si vous voulez faire plaisir à tonton Eisner) dans un cadre italien, japonais, égyptien, voire plus encore !

Mais continuons, si vous le voulez bien, notre périple autour du monde et dans le sens des aiguilles d'une montre...

L'architecture de l'église Basile-le-Bienheureux, monument emblématique de la Place Rouge que nous avons déjà effleuré, opère la transition parfaite entre l'Occident et l'Orient en laissant la place, un peu plus à l'est, à la partie asiatique du parc. Une continuité qui souligne combien la Russie et la Chine possèdent pas mal de points en commun (une constatation historique qui ne prend pas en compte leur régime politique respectif, ndlr). Le Temple du Ciel de Pékin répond à l'appel, tout comme la Grande Muraille de Chine (version courte) qui côtoie des édifices aux influences japonaises non loin de là... Par ailleurs, et toujours dans le but de corriger le tir d'Epcot, le parc promettait de proposer plus d'attractions à sensations comme Ride the Dragon ; une montagne russe qui eut virevolté parmi les sommets de la Montagne des Dents du Dragon, dans une sorte d'Expedition : Fuji-Yama d'avant-garde. Au fur et à mesure de la visite on aperçoit des pagodes qui évoquent l'Asie du sud-est, un palace aussi, qui ressemble étonnement au Taj Mahal (et qui eut fait office d'hôtel pour info)... Plus loin encore, les édifices rappellent un peu Arabian Coast à DisneySeas, la transition parfaite entre l'Asie et le continent africain !

Quelque chose attire immanquablement le regard ici : ces pyramides qui dominent tout le panorama et ouvrent de leur noble sceau pharaonique la marche aux cultures d'Afrique, présentes non loin de là. Ces pyramides devaient aussi faire partie d'un complexe hôtelier, prévu pour la phase 2 du projet. On distingue nettement ce parfum d'Afrique en premier plan sur le visuel ci-contre, au niveau des embarcations à voiles... Selon le masterplan, devaient s'ériger le Story Teller Tree, un lieu où l'on raconterait des contes traditionnels ; une attraction aquatique intitulée Zambezee River Cruise, ainsi que son homologue beaucoup plus éclaboussant : le Congobezi Raft Ride. Une exposition permanente dédiée aux arts du continent devait aussi répondre présente, de même qu'un show qui souleva la controverse et anima les passions durant son élaboration : The Three Great Religions of the World - Les Trois Grandes Religions du Monde : un spectacle entiché d'une immense bonne volonté, destiné à raconter une histoire commune à notre trio monothéiste. Une représentation nichée dans une oliveraie reconstituée, qui devait dépeindre les sept jours de la Création du point de vue de chacune des religions évoquées ; sept artistes, issus de tout horizons, devaient imaginer chacun l'un de ces jours. Certains y verraient là la bonne foi polisseuse américaine par excellence... M'enfin, en dédiant quelques hectares à ce continent, les imagineers avaient enfin l'opportunité de réaliser ce qui était prévu de longue date pour Epcot : le pavillon de l'Afrique Equatoriale, comme le prouve le détail d'un des célèbres concept arts du parc, ci-contre. Regardez bien vers le haut...

Ainsi se terminerait votre voyage autour du monde... Une visite si surprenante qu'on en oublierait presque de parler de la vedette de Westcot : The River of Time (ou World Cruise, selon les documents), l'attraction la plus longue jamais conçue par Imagineering, si éblouissante (sur le papier en tout cas) que ses 45 minutes n'auraient pas été de trop... Trois quart d'heure !? Ne partez pas en courant et laissez-moi vous en dire plus ; cette croisière devait en effet voguer tout autour du lagon en explorant chacune des cinq zones du parc (Future World, les Amériques, l'Europe, l'Asie et l'Afrique), et ce à travers de nombreuses scènes AudioAnimatronics, dissimulées tout le long du parcours : aux abords de l'Europe par exemple les visiteurs auraient entraperçu Leonardo De Vinci en plein travail sur Mona Lisa, un peu plus loin, Michel-Ange peignant la chapelle Sixtine, vous auriez assisté à la naissance de la Grèce antique, de l'Empire Romain, et de l'influence qu'ils eurent sur l'Europe... Et l'artifice fonctionne jusqu'au bout, puisqu'une fois passés ce résumé Animatronic européen, vous débarquez, à l'air libre cette fois, en pleine Italie de la Renaissance. Ces scénettes constituaient en quelques sortes un avant goût de chacune des zones du parc, elles racontaient, suivant différents points de vue, l'évolution humaine sur plusieurs siècles. Rassurez-vous toutefois, à la manière du Disneyland Railroad, The River of Time se serait scindée en cinq parties, offrant l'occasion au voyageur de vivre l'expérience à son rythme, en débarquant où bon lui semble.

Le plan général ci-dessus explique un peu plus clairement l'agencement du parc et de ses hôtels. On distingue clairement l'île de Future World au centre (7) ainsi que World Showcase tout autour du lac : l'entrée au nord (les USA) puis, dans le sens des aiguilles d'une montre les Amériques, l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Sous réserve d'une erreur d'interprétation de ma part, les hôtels se seraient situés dans les étages supérieurs de ces mêmes bâtiments. Seule ombre au tableau ; les trois blocs qui bordent l'ensemble (A, B & C). Je me demandais en premier lieu si nous n'avions pas là les hôtels en question, hypothèse qui est devenue de plus en plus improbable à mesure que j'étudiais les divers documents, surtout quand on constate qu'il n'était question ici que de quelques chambres de luxe (à 300 ou 400 $ la nuitée), rien à voir avec un complexe à part entière donc. L'hypothèse de parkings pour lesdits hôtels est, pour les mêmes raisons,  peu crédible (les gigantesques parkings du resort se situent, pour info, plus loin). Je remercierai bien celle ou celui qui lèverait le voile sur ce mystère !

Voilà pour le survol du parc. Un lieu qui fait envie, n'est-ce pas ? Un coup de maître de la part d'Imagineering, peut-être même trop beau pour être vrai... Westcot, nous allons le voir, semble avoir été victime de sa grandeur.

 

Les Californiens se rebiffent.

Ce qui posa problème ne fut pas tant le coût pharaonique du projet (3 milliards pour l'extension du site d'Anaheim, et 2 milliards supplémentaire pour Port Disney, sur Long Beach) mais plutôt un comité de résistance qui naquit bientôt dans les communes avoisinant le futur parc. En clair, les riverains n'appréciaient pas trop de voir une gigantesque sphère de 90 mètres de haut depuis leur petit jardin, et ce 365 jours par an, sans compter l'intrusion visuelle titanesque dans tout le Magic Kingdom voisin. Les autochtones s'inquiétèrent aussi du trafic chaotique que promettait une telle expansion (un resort qui prévoyait d'accueillir 14 millions de visiteurs par an sur une parcelle minuscule, sans compter les milliers de nouveaux emplois créés), et se préoccupèrent par là même du vacarme qu'allait générer les 5000 spectateurs de la Disneyland Arena... Autant de plaintes qui mirent le projet sur les rotules, ou quand une idée fantastique affronte la réalité. Faut dire que Disney avait jusque là complètement "oublié" de consulter les riverains. Se méfier des riverains, toujours...

Je ne parlerais même pas d'Euro Disney Resort qui ouvrit ses portes à l'époque, et qui eut le succès qu'on lui connaît...

Les plans furent donc revus à la baisse comme le dessin préparatoire ci-dessous en témoigne, on constate que toute l'île de Future World (avec SpaceStation Earth, évidemment) a déguerpi au profit d'une immense construction basse coiffée sur l'avant d'une fine pointe très élancée, le tout localisé à l'arrière du parc, modifiant en conséquence tout le layout du projet. Tout semble être là pourtant, on distingue en haut à droite de ce concept les influences indiennes, asiatiques, russes, il y a aussi la fameuse acropole grecque dont nous parlions plus haut... Le dessin préparatoire ci-contre dépeint quant à lui plus en détails la section asiatique : une jolie ratatouille architecturale aux saveurs thaïlandaises, indiennes, japonaises et tibétaines...

 

Downsize This !

Une version "au rabais" comme on aimerait en voir plus souvent... Malheureusement, et pour plein de raisons plus ou moins douteuses, ce plan de secours ne parvint pas non plus à dépasser le stade de la planche à dessin. Dépité, Eisner eut la malchance de se tourner vers son nouvel atout de l'époque, fraîchement élu au poste de président de Disneyland Resort (enfin, ce qui était en passe de devenir Disneyland Resort), la Terreur des Imagineers, le Wayne Szalinski des prévisions budgétaires, la faucheuse de Burbank : Paul Pressler. Eisner lui confia la mission d'enterrer Westcot... Ce qu'il ne fit que trop bien.

La veille du quarantième anniversaire de Disneyland (à savoir le 16 juillet 1995), Pressler annonça publiquement l'abandon du projet Westcot, précisant par la même que tout le reste (les hôtels, le Disneyland Center) allait être revu à la baisse. Dans les bureaux, les consignes étaient claires : imaginer et construire rapidement un second parc qui aurait l'ingénieux avantage d'être relativement modeste comparé à son voisin et capable de générer une petite fortune dès son ouverture. Le seul mot d'ordre qui ne changea pas d'un iota fut l'absolue nécessité que les nouveaux visiteurs passent plus de temps sur le site, deux voire trois jours. Quelle fut la stratégie élaborée par les généraux de Team Disney Anaheim ? Recréer en un lieu unique tout les lieux touristiques californiens que les visiteurs voudraient visiter... Imaginez le topo ; vous planifiez un voyage pour le Golden State ? Bien sur vous voulez visiter toutes ses cartes postales : le Golden Gate Bridge, le vieux San Francisco, Hollywood, les parcs nationaux, les vignobles... Ne vous embêtez donc pas à arpenter tout l'état, ne prenez pas le risque de croiser le gouverneur Schwarzenegger sur votre route, j'ai la solution, visitez Disney's California Adventure !

On pourrait penser à une farce, se dire que Disney n'a pu raisonnablement imaginer un truc pareil sur un tel argument. Force est de constater que si... Pressler et Braverman (un autre gars d'imagineering ayant sombré vers le côté "je conçois des trucs moches mais qui ne coûtent rien et qui visiblement marchent avec le public, c'est que je dois être un type bien" de la force) ayant proposé les premiers cette idée, Eisner leur confia le projet... la suite, nous la connaissons. Enfin, arrêtons-nous là, cet article est censé parlé de Westcot, pas du reste.

 

No fan no cry

Sacrée épopée, non ?

Oui mais y'a mieux...

Là où l'histoire prend un tournant aussi inattendu que palpitant c'est quand on tombe, presque par hasard au beau milieu d'une caverne d'Ali Baba pour fans des parcs Disney, de vieux documents oubliés depuis longtemps dans des archives poussiéreuses, reliques d'une époque de fastes et de gloire depuis longtemps révolue, morte, découpée en morceaux, brûlée et enterrée...

Ces documents révèlent que Westcot n'était pas censé être un one shot californien. Disney, sans doute intimement convaincu à l'époque du succès potentiel de son nouveau rejeton (c'est à dire au début des années 90, avant tout ces déboires), eut vite l'idée de bâtir une seconde version de Westcot ailleurs.

Où ?

Devinez.

Sur un parking. Un autre, après le destin tourmenté de celui qui embrassa jusqu'à la fin du 20° siècle Disneyland en Californie, c'est en terre francilienne que la Géosphère de Westcot eut dû atterrir, plus précisément en lieu et place de l'actuel parking d'EuroDisney Resort, cette gigantesque dalle de bitume encastrée en plein coeur du domaine, entre le parc et les hôtels.

Oui oui, vous avez bien lu !

Après les MGM-Studios Europe (tout aussi morts, noyés, lapidés, etc.), Westcot eut incarné le troisième parc du domaine parisien, en tout cas si l'on en croit les études préparatoires de l'un des masterplan d'EuroDisney Resort lors de sa conception, vers la fin des années 90. Entendons-nous bien, Westcot n'était qu'une idée parmi d'autre, un projet lancé par l'imagineer Tony Baxter en personne. Bâtir ce parc sur l'actuel parking qui jouxte notre Royaume Magique ? Une idée assez farfelue qui, là encore, n'était qu'une option parmi d'autres, un site qui commence d'ailleurs à se justifier lorsqu'on y réfléchit un peu plus : l'idée était en fait d'articuler les trois parcs autour du Center Court, la place centrale. On imagine le tableau ! au nord le toujours aussi majestueux Disneyland Hotel qui se dessine derrière Fantasia Gardens, tournez-vous vers votre gauche et vous découvrez l'imposante façade des Disney-MGM Studios puis, enfin, sur votre droite et juste à côté de la gare SNCF, à quelques centaines de mètres de là, Westcot et sa géosphère... Audacieux, monumental, alléchant.

L'esquisse ci-dessus est, à ma connaissance en tout cas, la seule preuve picturale du projet pour l'Europe. On reconnaîtra les lignes bleutées du Newport Bay Club juste à gauche de Spacestation Earth.

Comme je le disais plus haut, bâtir WestCOT sur le parking n'était qu'une possibilité parmi d'autres, dès le départ, les concepteurs imaginèrent plusieurs autres emplacements plausibles pour un troisième parc, proche du Newport Bay Club et du Sequoia Lodge par exemple, voire encore un peu plus loin, près de l'échangeur autoroutier, aux abords du Davy Crockett Ranch (voir plan ci-dessous).

Et le tracé en jaune, c'est pour le monorail ;)

Un concept comme Westcot s'entichait d'une toute nouvelle résonance au beau milieu de l'Europe... Une flânerie artistique internationale en plein coeur du carrefour culturel de Vieux Continent. Ironie légitime !

C'est tout ? Non... Depuis quelques jours de timides rumeurs courent au sujet d'un troisième parc pour Tokyo. Westcot ? C'est tout sauf impossible (même si mon petit doigt persiste et signe en clamant que cela demeure fortement improbable), la Oriental Land Company (la société qui gère (bien) Tokyo Disney Resort) aurait les moyens et l'audace de remettre un tel projet au goût du jour. Alors pourquoi pas ?

A part ça, Port Disney, c'est pour un prochain article ;)

 

 

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